mardi 18 juin 2024

J-19


 

Je ne sais pas si Pierre Nicolas va me dire comment il ouvrirait le JT. Peut-être en rappelant aux téléspectateurs qu’il faut aller voter. Un journaliste a le droit de rappeler à ses concitoyens leur devoir civique, voter. 
J’ai toujours voté.
C’est ce que je t'ai dit, Pierrot,  et ce n’est pas vrai.

Lorsque Pompidou est mort, je n’ai pas voté à l’élection présidentielle qui a élu Giscard, je n’ai pas voté aux élections législatives ni aux élections municipales et européennes qui ont suivi. Je n’ai pas voté non plus en mai 81 pour élire François Mitterrand. 

Quand Pompidou est mort et qu’une élection présidentielle anticipée a été organisée, je ne pouvais pas voter, j’étais mineure. La majorité était encore à 21 ans puisque c’est Giscard qui l’abaissera à 18 ans comme il l’avait promis.
J’étais donc mineure, mais mineure émancipée par le mariage quelques mois plus tôt. C’est comme ça le mariage d’une mineure, une sorte de passation de pouvoir entre le père et le mari, puisque le contrat a été passé entre adultes majeurs et que je n’ai jamais rien signé. 

Dans tous les droits que me donnait cette émancipation, comme d’avoir un compte en banque, de signer des chèques ou d’être une citoyenne imposable, le droit de vote en était exclu.
Je suis restée à la maison alors que mon mari se rendait au bureau de vote.
J’étais absente de la vie politique, mais bien présente pour élever un enfant, cuisiner et passer l’aspirateur.  

Giscard m’a donné la majorité, la vraie, celle qui s’accompagnait d’une carte d’électeur, mais j’avais gardé une telle amertume de cette mise à l’écart que jusqu’en mai 81, j’ai refusé de voter. J’étais inscrite, mais je restais à la maison. Boudeuse et rancunière. 

Et le soir du 10 mai 81, j’ai regardé la ville en fête derrière le rideau de ma fenêtre. Je ne me suis pas senti le droit d’aller danser, à peine de me réjouir tant je regrettais de n’y être pour rien dans cette victoire. J’ai eu honte.
Je ne me suis plus jamais abstenue depuis. 

J’ai fait des votes de barrage, ceux que l’on nomme « républicains », les bien mal nommés aujourd’hui. J’ai voté pour Jacques Chirac puis pour Emmanuel Macron sans état d’âme puisqu’il fallait écarter Le Pen père ou fille. Je me souviens avoir mené cette campagne «?républicaine?» en convainquant des copains gauchistes qui n’étaient pas très chaud pour aller glisser leur bulletin de barrage dans l’urne, mais qui m’ont dit : « On te suit, Véro, si tu le fais, on va le faire ! »

Que vont-ils faire les 30 juin et 7 juillet prochains, ceux des partis pour lesquels nous avons voté utilement ? Auront-ils la même conviction chevillée au corps pour sauver la république, vont-ils mériter le nom de leur parti ? Pour une part d’entre eux dont nous connaissons le ralliement au RN, il n’y a plus de question, mais pour les autres qui ont encore des valeurs, je leur rappelle que pour sauvegarder la république j’ai voté pour eux et que j’aimerais qu’ils fassent de même.

Véronique Piaser-Moyen

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Chère Véronique, quand tu vas me lire, chère Véronique, ne te moque pas, chère Véronique, je voudrais te dire, mais je n’ose pas. C’est une vieille chanson de Polnareff qui dit ça, tu connais mon gout pour les chansonnettes, mais celle-là tombe bien. J’ai une révélation à te faire. Elle va t’étonner, toi qui ne vois que les ténèbres depuis une semaine. La nuit dernière, j’ai dû bien dormir ou alors je me suis réveillé de bonne humeur, mais depuis quelques heures je vois pointer quelque chose de positif. Et j’ai du mérite. 

À l’heure où je t’écris, Alain Minc pérore sur France Inter sur le thème « Au pire le chaos, au mieux le Rassemblement National. » Lui est passé de la sidération à l’inquiétude. Tout l’inquiète ou alors il veut le faire croire pour rallier à lui tous les apeurés d’un tsunami annoncé. Je l’ai écrit hier, je n’ai pas peur de la vie. Curieusement moi je renifle depuis ce matin quelque chose de bon à la déflagration de ce fameux dimanche au soir. D’emblée je précise, c’est dans mon caractère d’aller toujours chercher la petite lueur d’espoir. Rien là-dedans d’élégant. Si j’avais dû me plier aux noirs présages accumulés sur mon berceau, je serais mort d’ennui dès l’âge de cinq ans. Or de bons hasards se sont penchés sur moi sans que j’y sois pour rien et j’ai survécu. J’ai donc fait du hasard et de ma bonne étoile ma ligne de conduite. Et je pense ce matin que tout n’est pas perdu et que la démocratie pourrait même y gagner. Je t’explique. 

Depuis huit jours les prises de paroles et les débats s’accumulent. Certains ténors y agitent leurs éléments de langage usés jusqu’à la corde par vingt-cinq années de répétition en boucle. Il fallait entendre ce matin Rachida Dati sur la même France Inter faire feu de toutes ses séductions de girouette de la République pour assurer une prochaine réélection. Un coup pour Lionel Jospin, un coup pour son bon ami Ciotti, un coup pour son nouvel ami Macron et une dernière pichenette pour son ancien ami Sarkozy. Elle m’inspire de la sympathie pour son mental de guerrière, mais je crois qu’elle désespère l’opinion qui n’a pas ses privilèges, soit 99,99 % des Français. En fait, j’en suis même persuadé. Rien de nouveau donc sous le soleil. Comme beaucoup je n’attends plus rien de ces gens-là. En revanche, l’avalanche d’émissions de réflexion amène depuis quelques jours à une clarification. Ce n’est sans doute pas celle voulue par le Président, je pense à une clarification sémantique. Depuis quelques mois, deux théories prospèrent sur les médias. Il y a d’abord celle habituelle, colportée depuis des années. Au bloc de l’extrême droite (Front puis rassemblement National puis Reconquête) répondrait celui de l’extrême gauche formé, parait-il, par le PS Social démocrate puis LFI puis les écolos. (D’où l’intérêt au passage d’appeler même silencieusement à voter pour le centre. Heureusement qu’il est là celui là.)

Je ne crois pas à cet amalgame. LFI et ça commence à se dire, n’a jamais été un parti d’extrême gauche. Certes et ça ne me vient pas à l’idée de le nier, quelques-uns de ses membres tiennent à l’occasion des propos outranciers et caricaturaux. Mais ça ne fait pas de LFI un parti d’extrême gauche. Le seul qui puisse être ainsi qualifié c’est le NPA. Lui veut la Révolution et le revendique tout en sachant qu’il en est à des années-lumière. Or ça commence à se savoir et à se dire. À un bloc d’extrême droite répond un bloc de gauche sociale-démocrate de gouvernement alliée a une autre gauche disons plus radicale, mais certainement pas d’extrême gauche. Même Wikipédia est d’accord sur ce point. Et ça change tout, car sans cette imposture sémantique qui consiste à voir des extrêmes partout sauf au centre (c’est-à-dire neuf fois sur dix à droite) la théorie des trois blocs s’effondre.  

Au passage, Macron ne peut donc plus non plus se prévaloir de gauche, ce qui ne va pas arranger ses scores, mais c’est une autre conversation. 

L’autre lueur d’espoir dans le marasme actuel c’est le calendrier. Pour la première fois, les Français vont pouvoir voter selon leurs envies politiques et pour des gens auxquels ils croient pour des raisons bonnes ou mauvaises. « Et alors me diras-tu, c’est déjà le cas depuis l’instauration de la Ve République ? » Pas tout à fait chère Véronique et je sais bien que tu l’as remarqué. Depuis presque vingt-quatre ans, le calendrier électoral est inversé. Depuis 2000 les élections législatives se déroulent après l’élection Présidentielle. Avant, c’était avant. Je m’explique. L’idée était de donner au Président fraichement élu pour cinq ans et non plus sept ce qui, au passage, a renforcé la « présidentialisation » du régime, une majorité sur mesure. Les électeurs ne votaient plus selon leur gout, mais selon le Président qui venait d’être facilement élu en battant plusieurs fois un candidat Front national. Or non seulement Macron n’a obtenu qu’une majorité relative en 2022, mais cette fois en plus les électeurs sont appelés à se prononcer plus librement sans l’arrière-pensée des cinq années présidentielles qui suivent. La question d’une majorité absolue qui n’existait de toute façon pas ne se pose plus sauf peut-être pour Jordan Bardella qui a senti l’opportunité. Pour la première fois depuis longtemps, les électeurs peuvent revenir aux urnes en nombre pour s’exprimer enfin librement en toute indépendance. Les choses vont vite ce qui exclut et c’est une bonne chose les conclaves interminables. 

Le coup de dés présidentiel est loin d’être terminé. 

Pierre Nicolas



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Le jour J

C'est notre dernier billet.  Merci à Pierre Nicolas pour sa collaboration et son soutien durant ces 21 jours.  --------------- Mes chers...