lundi 1 juillet 2024

J-6

 


La semaine dernière en poussant la porte d’entrée de notre immeuble, nous avons trouvé à nos pieds, sur le carrelage, le tract de campagne de Valérie Rabault et de son suppléant Morgan Tellier. Nous avons l’habitude de ramasser les publicités que les habitants des lieux jettent par terre — je précise que nous ne sommes que quatre à habiter cet immeuble —, mais cette fois, après avoir ramassé le tract, Jean-Noël l’a déposé dans le vieil évier qui est contre le mur des boites aux lettres. Il m’a dit : « On ne va pas laisser Valérie se faire marcher dessus ! » 

Le lendemain, le tract était toujours dans l’évier, alors je l’ai redressé contre le mur. C’était mercredi dernier, et depuis il y est toujours, personne n’y a touché.
J’en suis étonnée, je pensais qu’une main ou qu’un courant d’air le remettrait à terre ou au mieux à plat dans l’évier, mais non ! Figurez-vous que depuis presque une semaine, il tient bon, il résiste fièrement, ce bout de papier.
J’ai ainsi pris l’habitude de m’arrêter quelques secondes devant l’évier pour vérifier qu’il n’avait pas bougé et au fil des jours, je me suis surprise à murmurer quelques incantations, quelques mantras, quelques prières. Des habitudes prises en Asie et que je répète sans savoir si cette ferveur improvisée peut produire des effets. Je pratique ces rituels comme d’autres avalent de l’homéopathie ;  si ça soigne, c’est tant mieux et sinon ça ne me fera pas de mal puisque c’est juste du sucre. 

Hier, avant d’aller voter, nous sommes passés devant l’évier que j’appelle maintenant « l’autel à Valérie » et le tract, l’image était toujours dressée en équilibre contre le mur. Jean-Noël me confie son étonnement et me donne la version qu’il a imaginée pour expliquer ce mystère :
« Les locataires n’ont pas osé y toucher en se disant : “On le laisse, ça va faire chier les deux petits vieux fachos du premier étage!” »
Ça m’a fait éclater de rire, je n’avais pas envisagé cette hypothèse, mais elle est plausible vu le mutisme de nos voisins quand on les croise et vu aussi que la mairie pensait que j’étais de leur bord d’extrême droite. (Je ne m’en suis toujours pas remise.)

Ce matin, l’affichette tenait toujours debout.
J’ai pris une boulette de Patafix.
J’ai collé la boulette au dos de l’affichette et l’ai replacée dans l’autel contre le mur en appuyant fermement.
C’est pas le moment qu’elle tombe au sol.
Valérie sourit, confiante.
Elle tient bien. 

Véronique Piaser-Moyen

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J’ai eu hier soir une révélation pendant la soirée électorale. Il ne faut surtout jamais accepter d’écrire un papier quotidien sur un blog. Ne faites jamais ça. J’ai bien réfléchi. Je ne le recommande à personne et je me souviens. Qu’est-ce que nous étions peinards il n’y a pas si longtemps au soir du résultat du scrutin des Européennes ! Bon d’accord ça faisait beaucoup de voix acquises au Rassemblement National mais enfin on avait l’habitude c’était pour les lointaines Européennes et puis tous ces gens partaient à Bruxelles ou à Strasbourg. Bref, on était tranquille. Ça a duré une heure jusqu’à 21 heures exactement et l’intervention d’Emmanuel Macron. 

Depuis, nous, les électeurs aussi libres que ceux du Rassemblement National de voter pour la majorité qu’on veut, on a un souci. On veut éviter l’arrivée à Matignon de Jordan Bardella. Parce qu’on n’a pas confiance en lui. Je comprends que des gens votent pour lui, mais je pense que c’est une erreur qui a le défaut de pouvoir nous mener loin… Le problème avec la plume c’est que je ne sais pas sur quoi m’appuyer ce matin pour dérouler une pensée et suivre une logique de réflexion. J’ai d’abord eu la tentation d’un papier intello en singeant les arguments déroulés depuis hier soir par les éditorialistes. Faire semblant de savoir penser comme un bébé qui babille et fait semblait de savoir parler. Mais quel intérêt ? La réalité est là, patente. On ne voit qu’elle. C’est un sacré champ de ruines devant lequel le Rassemblement National voit se dessiner une autoroute législative. 

D’abord je me suis demandé qui pourrait les empêcher d’avoir une majorité absolue même courte et j’avoue que je ne vois pas. Déjà, ils n’en sont pas loin. Face à eux, le Nouveau Front Populaire est trop « juste ». Il lui manque quoi pour y parvenir en entretenant l’espoir ? Deux ou trois points. Il entend jouer la carte du barrage Républicain pour le second tour, mais à l’évidence la droite LR et l’ancienne majorité Présidentielle ne l’entendent pas, elles, de cette oreille. Mélenchon encore et toujours comme une obsession rhétorique. Alors je me suis posé la question autrement : qui pourrait venir aider le Rassemblement National à obtenir la majorité absolue ? Et j’avoue que mes craintes se portent en priorité sur les LR. D’abord leur Président en personne est allé rejoindre les supposés ennemis. Il a réussi sans effort à en emmener quelques-uns. Bref ce parti livré à lui-même et sans chef, d’aucuns diraient sans âme, est devenu fragile. Je ne serais pas étonné que des promesses discrètement glissées à une grosse dizaine d’entre eux, pas plus, ne les conduisent à rejoindre, sous certaines conditions, le camp de l’extrême droite. De toute façon, ils détestent la Macronie… Ils ne risquent pas de se rallier à lui. Choisir la gauche n’en parlons même pas. Alors, il leur reste Bardella, hélas. J’en parle ici comme si la France s’apprêtait à élire un Premier ministre, or ce sont des députés qu’on lui demande de choisir. Ça peut changer la donne, mais j’y crois peu. Regardez la semaine qui vient de s’écouler. Partout on nous a répété qu’une partie du succès RN était dû à l’abstention. Sous entendu elle profitait d’abord au RN. Le refrain est connu depuis 30 ans. Mauvais Français qui ne vous rendez plus aux urnes et dont le j’m’en foutisme fait le lit de l’extrême droite. Or, depuis hier soir, cette théorie est balayée. La participation a fait un bond extraordinaire en avant. Les électeurs se sont déplacés en nombre pour corriger le tir. On n’avait pas autant voté depuis 30 ans. Toute la journée de dimanche, on ne pouvait commenter que cela. On allait voir ce qu’on allait voir. La République venait de se réveiller et elle était de retour. Résultat, le score est… exactement le même. 33, 28 et 20. La gauche unie a même fait un peu moins qu’elle n’avait fait séparément, aux Européennes. Ou sont-ils ce matin tous les tenants de cette lumineuse explication à la montée de l’extrême droite ? Ça faisait trente ans qu’elle prospérait les soirs de scrutin. On nous tromperait ? On nous mentirait ?
La vérité, c’est que ce matin je ne sais rien. Rien du tout. Je ne suis pas plus bête qu’un autre. Déjà, avant l’autodissolution d’Emmanuel Macron, je regardais cela d’assez loin. Je suis d’une génération qui n’a pas toujours cru aux vertus absolues de la Démocratie. « Élections, piège à cons » martelait le Charlie hebdo première génération. C’était il y a plus de cinquante ans. J’en ai vu passer depuis des espoirs et des déceptions… 

Ce matin la presse internationale tartine sur le « chaos » et le « saut dans l’inconnu ». Tous sont d’accord sur un point : « Macron a perdu son pari » Ils sont forts les collègues. Moi, j’en suis encore à me demander quel miracle il attendait, en prenant sa décision, il y a deux semaines. 

Pierre Nicolas



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Le jour J

C'est notre dernier billet.  Merci à Pierre Nicolas pour sa collaboration et son soutien durant ces 21 jours.  --------------- Mes chers...