Les monologues du vagin. Eve Ensler. Ed. Denoël.
Je n’ai jamais vu la pièce.
Je n’avais jamais lu le texte des monologues.
Après l’avoir refermé hier soir, j’ai honte d’avouer que j’ai mis vingt ans à aborder ce texte, à l’image de ce que j’ai gardé enfermé en moi durant plus de vingt ans.
Pour lire les monologues du vagin, je m’étais même trouvé un prétexte, une lecture de documentation dans un but d’écriture, un peu comme tous les livres traitant de l’adoption que j’ai dû me taper durant six ans pour alimenter notre combat. Un mauvais souvenir pour certains, des lectures fastidieuses et pénibles sans aucun plaisir, des lectures sans littérature ou de la très mauvaise.
C’est vous dire le mauvais état d’esprit qui m’animait lorsque j’ai ouvert les monologues du vagin et toutes les défenses que j’ai pu mettre en route puisque ce n’était qu’une lecture documentaire. Je m’y étais bien préparée. J’avais tout verrouillé.
Dès la deuxième page, je me suis demandé comment j’avais pu passer à côté de tels textes, comment j’avais pu écrire mon roman sans avoir lu ces textes, comment j’avais pu être idiote à ce point. Je vous passe les excuses que je me suis trouvées, pas une seule ne tient la route si ce n’est mon éducation corsetée et mon déni.
Dix-neuf textes qui disent que le mot « vagin » n’est pas un mot sale, qu’il faut le nommer, car si une chose n’est pas nommée, elle n’existe pas.
Ces dix-neuf textes devraient être donnés à lire dans les lycées et collèges, ils devraient être lus à tout âge par les femmes et les hommes.
Ces textes nous disent qu’il faut s’affranchir des mythes, de la honte et de la peur.
Je viens de lire que depuis les législatives de 2022, le vote des femmes pour l’extrême droite avait augmenté de 10 % alors que l’extrême-droite a toujours été, est et restera toujours, l’ennemie des femmes, de leurs droits et de leurs libertés.
C’est encore un très long voyage et l’avenir politique que je crains de voir arriver pour mon pays, ne va pas faciliter la suite du voyage pour les femmes libres, pour les femmes homosexuelles, pour les hommes homosexuels, pour ceux qui ne sont pas blancs et pour ceux qui cumulent les différences.
Si l’extrême droite arrive au pouvoir, l’avenir sera hasardeux pour les différences, pour la culture et nos libertés, et les plus grandes perdantes seront encore une fois les femmes.
J’ai peur pour mes amis.
J’ai peur pour mes enfants.
« Quand on brise le silence, on comprend combien d’autres personnes attendaient la permission de faire la même chose. Nous — toutes sortes et tous genres de femmes, chacune d’entre nous, avec notre vagin — ne serons plus jamais réduites au silence. »
Eve Ensler, autrice des Monologues du vagin.
Véronique Piaser-Moyen
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C’est quand même un drôle de lundi de campagne. Le dernier avant le premier tour. Hier dimanche, les grands médias m’ont annoncé que Macron avait « envoyé une lettre à la Presse Quotidienne Régionale. » Curieusement je ne me suis pas précipité ce matin sur La Dépêche à laquelle je ne suis pas abonné pour savoir quelle promesse contenant ce courrier. Il en a déjà tant fait depuis sept ans. Et puis d’ailleurs, je ne suis pas non plus allé sur l’une ou l’autre site d’info en ligne. C’est à se demander pourquoi il ne l’a pas envoyée directement à Internet. Oui, mais en l’envoyant à chaque journal, il s’assure théoriquement une présence en Une. Genre : « Le Président écrit à nos lecteurs » ça fait plus service personnalisé. N’empêche qu’au 13 Heures d’Inter ça a juste fait quelques mots en passant. Il parait qu’il s’est aussi exprimé sur un podcast. Ça fait moderne. Il semble décidément ne pas pouvoir s’empêcher de dire du bien de lui-même. Après tout, il n’a pas grand-chose à faire dans cette campagne sauf à nier la claque électorale qu’il s’est prise il y a deux semaines. Surtout, ne pas donner l’impression de subir. Non, le fait du jour c’est la « présentation du programme de Jordan Bardella ». Lui, il est partout, y compris quand il n’a rien à annoncer. Il faut dire que c’est du lourd. Il y est question d’uniforme à l’école, d’interdiction du portable en classe et de vouvoiement des enseignants. Je sais pas, mais à part la tenue obligatoire (un genre d’uniforme militaire avait existé jusqu’en 1914) on doit tous être des sympathisants du Rassemblement National. Je me vois bien encourager les tournages vidéo de lynchage d’un élève par dix courageux qui l’attaquent et vingt-cinq Spielberg en herbe qui filment la scène. Quant au vouvoiement du prof qui pourrait être contre ? T’imagines « Ah non moi je suis contre le respect au prof et je pense aussi, à y être, qu’on devrait être autorisé à fumer en cours »… Bref il est question dans ce programme, d’un — je cite-Big bang de l’autorité à l’école et de mesures diverses sur l’économie, l’Europe le droit du sol ou la retraite. Au point où il en est, c’est-à-dire partout, j’ai l’impression qu’il peut promettre ce qu’il veut. C’est d’ailleurs le principe d’une campagne, c’est à celui qui trouvera la meilleure punchline ou le bobard le plus percutant. C’est simple, les autres n’existent pas. À gauche nombre de médias en sont encore, dans leurs interviews, à tartiner sur l’antisémitisme supposé de Mélenchon, ou la détestation qu’inspirerait Macron.
La vérité c’est que les campagnes des candidats n’intéressent personne. Tu parles d’une campagne. Elle se limite cette dernière semaine à deux lignes du dernier sondage. Le Rassemblement National est à un peu plus de 34 % tandis que le Nouveau Front Populaire atteint 29 %. La majorité Présidentielle est dix points en dessous. Les autres stagnent nettement en dessous des 10 % d’intentions de vote. L’impression globale que, plus la courte campagne avance moins elle est lisible sur certains sujets. Je me demande comment font les candidats pour se motiver et trouver leur place dans ce paysage politique mouvant et instable. Va savoir, on est peut-être en train d’inventer le blob médiatique. Un corps unicellulaire géant qui se reproduit se déplace et s’agrandit sans être ni animal, ni végétal, ni champignon. On sait à peine de quoi il se nourrit, il semble se suffire à lui-même. Cette campagne a comme le blob quelque chose d’insaisissable. On l’observe et on se dit « Mais comment cela va-t-il finir ? »
Pierre Nicolas

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