Nous en sommes à J-12.
Il faut bien se rendre à l’évidence, le temps ne passe pas, il s’étire, nous lessive, nous rince et nous sèche.
Pour me réveiller, pour me donner du courage, pour me sentir utile, hier je suis allée rejoindre Valérie Rabault et Rapahël Glucksmann sur un meeting dans les environs de Montauban, une commune qui porte le si joli nom de Nègrepelisse. On s’y était déjà retrouvé à la veille des Européennes et on ne pensait pas y revenir si rapidement. C’est ce qu’on s’est dit, comme lorsque l’on se retrouve de nouveau à l’hôpital trois semaines après un premier séjour parce qu’on a rechuté.Valérie et Raphaël — ben oui, je les appelle par leurs prénoms — ont été brillants, humains et déterminés. Sur les photos que j’ai faites, ils sont beaux. C’était agréable de les cadrer, de les regarder se battre, de les observer dans leur gestuelle qui pour Raphaël est essentiellement concentrée sur le mouvement des doigts. Valérie, elle, regarde fixement un interlocuteur dans la foule et elle allonge souvent le bras. J’aime tellement observer les gens, qu’ils soient attablés au bistrot ou sur une estrade face à des centaines de personnes.
Hier, le billet de Pierrot disait son désespoir et son incompréhension face à la position de Serge Klarsfeld. Désespoir que je partageais en espérant garder dans mon cœur les autres figures iconiques de ma jeunesse. Kouchner par exemple. Je l’aime bien Kouchner et ses sacs de riz, ses boat people et ses coups de gueule. Son culot aussi le jour où il m’a dédicacé l’un de ses livres en m’appelant « ma chérie » après que je l’avais interpelé en public à propos de l’intervention de l’armée turque sur la frontière irakienne pour aller pilonner des villages kurdes. Il avait un peu bafouillé, Kouchner, pour se rattraper plus tard à la signature par un « ma chérie » lancé la cantonade comme un coup d’effaceur sur les exactions de l’armée turque. Ça n’avait pas marché avec moi, on n’efface rien en m’appelant « ma chérie », la preuve, trente ans plus tard, je n’ai pas oublié qu’il était ridicule et fat. Mais je lui gardais encore un peu d’amitié, de reconnaissance. Jusqu’à ce que je lise que le philosophe Daniel Salvatore Schiffer avait lancé une pétition contre le nouveau front populaire. Pétition signée par trente intellectuels, dont Bernard Kouchner. Trente, ça ne fait pas lourd, mais ça dépend qui sont les trente. Je me suis jetée sur la liste des signataires dont Kouchner fait bien partie avec d’autres, moins surprenants comme Michel Onfray, Luc Ferry, Pascal Bruckner ou Éric Naulleau.
Parmi cette fine fleur de notre intelligentsia, il y a Antoine Gallimard. C’est sidérant. L’histoire de la littérature française, de son grand-père Gaston Gallimard et de son neveu Michel. L’amitié de l’éditeur Michel Gallimard, avec Albert Camus et leur destin lié dans une Facel Vega contre un platane. J’en étais restée là, imaginant que chez les Gallimard, on avait une âme.
Bon, moi perso, Antoine Gallimard, j’avais une dent contre lui depuis le jour où il m’a été servi comme excuse pour ne pas m’inviter à dîner. Je devais être raisonnable et comprendre que lorsqu’Antoine Gallimard se déplace, on ne peut pas lui faire faux bon et aller dîner avec une amie.
En lisant son nom au bas de la pétition, je me suis demandé si, aujourd’hui, l’excuse tiendrait toujours. Je n’ai même pas la réponse. Je n’ai plus aucune certitude à part celle du bulletin que je glisserai dans l’urne.
Véronique Piaser-Moyen
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Dissolution 2024 : j’ai enfin une bonne nouvelle.
À l’instant où je commets ces quelques lignes, nous sommes mardi. Il ne reste donc désormais plus que quatre jours à devoir encore subir cette contrariante et entêtante campagne législative d’avant premier tour. Il était temps. Limite, on n’en peut plus de cette campagne « la plus courte de l’histoire de la Vème république. » On frémit à l’idée qu’elle eut pu être longue. Hier soir TF1 n’a abordé le sujet qu’à la treizième minute de son 20 Heures. Treize minutes, c’est vertigineux. Rendons-nous compte : ces gens-là disposent de machine à flairer ce qui est chiant (par exemple le mode de jeu de l’Équipe de France de football qui finira par être championne d’Europe sans jamais marquer ni encaisser un seul but), mais dont ils sont bien obligés de parler. Ce soir TF1 organisera « THE » grand débat. Attal contre Bardella contre Bompard. Je les cite par ordre alphabétique. Un truc remarquable c’est que les deux premiers font consensus (ce n’est pas une grossièreté ça désigne une volonté globale sans opposition formelle), en revanche pour le représentant du Nouveau Front Populaire il y a toujours débat. Dès qu’il pleut, c’est systématiquement sur lui que ça tombe. Ça rappelle Hollande il y a une douzaine d’années. Toute la pluie du ciel lui tombait dessus dès qu’il mettait le nez dehors. Il y a comme ça des marottes médiatiques qui s’agitent en répondant à une sorte de signal naturel. Depuis 50 ans, j’entends ainsi parler comme une évidence des « éléphants » du PS. Rappelez-moi quel autre parti en France voit ainsi ses membres ramenés au rang d’animal. Pour essayer, amusez-vous dans la conversation à qualifier les élus LR de tortues, ceux et celles de LAREM d’hippopotames et enfin les dirigeants influents du RN de baleines, ça passerait mal. Personne ne l’a jamais fait et pour cause, ce serait un manque de respect de leurs électeurs, mais curieusement avec le PS ça passe crème, comme une habitude bienveillante que jamais personne ne remettrait en question.
Bompart donc ce soir dans le grand débat sur TF1. Passons sur le fait que nombre d’observateurs s’étonnent qu’il soit là « à la place » de Mélenchon. Mais quelle place ? Il faudrait savoir. Ce sont les mêmes qui éructent à longueur d’interventions sur les supposés défauts d’une candidature du dit Mélenchon au poste de futur premier ministre. La présence de Bompart devrait les satisfaire. Eh bien non, depuis deux jours il court une petite musique selon laquelle Bompart n’est pas non plus le bon « candidat » (choisi non pas par le NFP, mais par les médias) au motif qu’il a, roulements de tambour, une… sale gueule. Oui, je l’ai entendu en débat sur une chaine privée. Au passage, cherchez la femme. C’est sûr, à côté des deux premiers de la classe encravatés, il dénote le barbu. Rendons-nous compte, il a presque 40 ans. Un vieillard né avant Internet. Au moins lui n’a encore jamais dit qu’il voulait être Premier ministre. Mais c’est ainsi, tout le monde semble avoir un avis sur tout et son contraire AVANT le débat. Mercredi, plus personne n’y reviendra et d’ailleurs, ça ne changera rien. Lors du débat pré-européen, les opinions étaient formelles, Attal était supposé avoir dominé Bardella de la tête et des épaules. On a vu le résultat dans les urnes. Pour le reste tout, dans la presse, est d’une banalité sans nom. La France s’apprête à être ingouvernable et on ne sait même plus ou est la flamme olympique. Faites le test autour de vous. Combien de gens connaissent le nom du candidat de leur parti préféré pour le premier tour qui a lieu dans 5 jours ?
Pierre Nicolas

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