mercredi 26 juin 2024

J-11

 


Hier soir, le débat. 
Pas le grand débat, je viens de vérifier, le débat tout court. Ça méritait pas plus. 
Je les ai regardés, j’aime observer les gens, leur corps, leurs mouvements. 
Ma première remarque, c’est que ces trois personnages sont tous du même sexe, masculin. À l’image des prédictions pour le Premier ministre, pourquoi toujours le Premier et pas la Première ? 
J’ai une petite tendresse pour Gabriel Attal qui accumule les différences, juif et homo, ça ne doit pas être simple. Bon, il est blanc. C’est direct mon propos ? Mais on en est là ! À jauger nos couleurs de peau pour évaluer nos chances. 
Ce pauvre Gabriel, pas encore remis du KO debout qu’il s’est pris le soir du 9 juin, il a passé sa soirée à écarquiller les yeux comme un lapin pris dans les phares. Et quand il arrivait à reprendre son quant-à-soi, il redégringolait, hébété chaque fois que son voisin de droite, le gosse du RN sortait une énormité. 
C’est le genre de type pour lequel on sent que s’il parvenait à s’émanciper de son grand frère, il aurait du potentiel parce qu’il sait encore s’étonner et ne le dissimule pas.
Manuel Bompard, l’éternel doctorant, le matheux perdu dans ses pensées que l’on a l’impression de déranger chaque fois qu’on l’interpelle. Il observe, lui aussi, au point d’oublier de prendre la parole et que les journalistes doivent sans cesse lui rappeler qu’il est en retard. J’aime bien son côté décalé mal à l’aise dans sa cravate mal nouée. Y’avait personne dans les loges pour lui resserrer son nœud de cravate ? Chaque fois que son voisin placé à son extrême droite sortait une ineptie, il réprimait un rictus et levait le regard vers le haut. Il avait l’air de faire de la méditation en pleine conscience pour garder son calme. 
Le gosse du RN était agité. Normal, pour un enfant. Il étirait son corps et allongeait ses mains croisées loin devant lui pour maitriser les soubresauts de ses épaules. Un trémoussement du haut du corps qui m’a laissé penser qu’il avait le même coach que Sarko. Il a aussi le même coiffeur que Chirac en 1970, mais ça s’arrête là. Comme un enfant qui récite, il avait souvent des trous de mémoire dans sa récitation. Et comme un enfant, il se contenait pour ne pas se mettre en colère.  
À la moitié du débat, on nous a dit qu’on faisait une petite récré. 
Ils devaient avoir envie de faire pipi.
J’en ai profité aussi. 
Le débat a repris sans surprise.
Gabriel Attal toujours l’air d’un lapin pris dans les phares.
Manuel Bompard n’avait pas resserré sa cravate. 
Et le sale gosse était toujours secoué des épaules
La cloche a sonné. 
Je suis allée me coucher. 
Ce matin, ma fille m’a appelée. 
Elle envisage de quitter la France, ce pays dont elle se sent rejetée. 

Véronique Piaser-Moyen
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Mais quelle soirée cruciale à la télé ! Pour la première fois depuis deux semaines, tous les ingrédients pour provoquer un choc de société étaient enfin réunis. Oubliés, les épisodes précédents ennuyeux à souhait. Là, on a eu un vrai beau spectacle couronné par un match nul. 1 partout. Les téléspectateurs jugeront. 
Les équipes étaient affutées comme jamais avec de bonnes individualités (l’homme masqué) et surtout surveillées de près par les arbitres qui avaient la main sur le carton jaune. Le jeu était plutôt crispé avec des joueurs trop proches les uns des autres, mais on connait le résultat.    Au coup de sifflet final et au bout de 90 minutes, la France s’est retrouvée… deuxième du Groupe D de l’Eurocup. 
Oui parce que jusque-là je parlais football et pas encore politique, mais c’est vrai que les deux spectacles présentaient des points communs. Même chaine d’abord. Ah pour ça ils étaient fiers sur TF1 d’avoir décroché les deux grands blockbusters. La durée aussi, soit dans les deux cas, 90 minutes. La mi-temps pour caser la pub, tel Mourousi, il y a une éternité perché sur le bureau de Mitterrand lançant, taquin, une fausse pub pour singer l’arrivée des futures télés privées françaises. Les stats affichées à l’écran pour mieux suivre la rencontre (Ah vous avez quatorze secondes de retard, Monsieur Attal), le duo d’arbitres Coudray/Bouleau, lesquels veillaient au bon déroulement de la partie et au respect des règles. J’ai l’air, comme ça, de dire des conneries, mais ce n’est pas totalement idiot ce que j’explique là. J’ai même vu passer hier soir des tacles, des gestes techniques et une dramaturgie brouillonne surtout les quinze premières minutes. Oublions le foot, ce n’est pas compliqué, les trois débateurs parlaient sans arrêt entre eux et s’interrompaient à qui mieux mieux, sans égard pour nous électeurs, qui tentions de les écouter. Certes, on avait déjà chacun notre avis, mais enfin, on aurait préféré qu’ils puissent finir une phrase. La faute en revient d’ailleurs peut être à TF1 qui avaient installé leurs pupitres très, voire trop proches les uns des autres. Alors évidemment, ils discutaient plus qu’ils ne débattaient. 
Le premier quart d’heure a été un vrai naufrage de la démocratie. Après ça allait mieux. 
J’adore un truc dans ces débats, c’est le public trié par le candidat et rassemblé derrière lui. Chacun avait droit à douze sympathisants, généralement d’autres visages déjà connus de leurs rangs. Ils sont très importants. C’est très drôle, ils opinent tous du bonnet à chaque propos. Ça me rappelle le petit chien sur la plage arrière de la voiture qui faisait oui de la tête à chaque cahot de la route. 
Là encore je repense à la première déclaration de Mitterrand en mairie de Château-Chinon. C’était le soir du 10 mai 81 et derrière lui un inconnu faisait aussi oui de la tête à la moindre bribe de ses phrases. Ce qui fonctionne bien également, c’est le coup du sourire complice. Hier soir, nos trois mini publics souriaient béatement et instantanément dès que leur champion abordait un sujet où il était très à l’aise dans ses arguments. Ils savent que la punchline arrive, il suffit de l’attendre. Il va marquer un point. Aussi sûr qu’un et un font deux. 
Côté débateurs, le choix de TF1 ou celui d’un des trois blocs m’a un peu chiffonné. Autant le RN ou la Majorité Présidentielle affichait leur candidat incontesté à Matignon, autant le Nouveau Front Populaire a présenté quelqu’un qui ne l’incarne pas et qui, à mon avis, ne l’incarnera jamais. J’ai pensé à un choix par défaut. Personne ne voulait donc y aller ? Bompard qui ne s’en est pas si mal sorti est avant tout un député LFI (élu à Marseille) proche de Mélenchon. Derrière lui ne siégeaient d’ailleurs que des représentants de la France Insoumise, personne du PS ou des écolos. C’était de ce point de vue étrange et déséquilibré. Sauf à penser que le NFP se pense déjà battu et souhaite faire l’économie d’un débat houleux autour d’un visage rassembleur. Les bonnes volontés ne manquent pourtant pas à gauche. Qu’ai-je remarqué d’autre?? 
Ah oui ! Les deux mains de Bardella jointes par le bout de ses doigts. On eut dit un docte examinateur lors d’une épreuve d’oral. « Ah oui, vous pensez vraiment cela ? Mais dites-moi c’est très intéressant, expliquez-moi ça » Ou alors, il ne savait pas quoi faire de ses mains. 
Attal très remonté affichait le regard écarquillé de celui qui est attentif à tout et ne veut rien laisser passer. 
Bompard lui souriait et a rapidement cessé de vouloir interrompre les arguments de ses opposants. La stratégie n’était pas si mauvaise. Il prenait ainsi deux à trois minutes de retard et pouvait ensuite dérouler ses arguments sans crainte d’être interrompu. Le duo d’arbitre veillait au chronomètre de chacun. « Taisez-vous Monsieur Bardella. Monsieur Bompard a beaucoup de retard à rattraper. » 
Au bout du compte il fut énormément question hier soir de milliards par ci et de financements par là. Ils n’ont même parlé que de ça. D’argent. Tiens, un peu comme dans le foot de haut niveau et ses salaires mirobolants. 
Je pensais plutôt que l’heure était au débat de civilisation. Ben non.     

Pierre Nicolas

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