Aujourd’hui 20 juin, je me suis levée tôt pour aller rejoindre Valérie Rabault. C’était ce qui était inscrit sur mon planning depuis trois semaines. Il n’y avait que le lieu du rendez-vous qui avait changé depuis l’annonce du dimanche 9 juin à 21h01.
Nous nous sommes retrouvées à une réunion de campagne dans une commune alentour.
C’était émouvant et déchirant.
En plus, il pleuvait à seaux sous un ciel de ténèbres comme dans les films où on se dit que le réalisateur en a trop fait.
Hier soir, je suis allée à une rencontre avec un écrivain que je ne connaissais pas, Antonin Varenne. J’aime bien découvrir des écrivains, les entendre s’exprimer sur leur livre, scruter leurs gestes qui souvent en disent long sur ce qu’ils n’écrivent pas et qu’ils dissimulent. J’aime entendre la voix d’un écrivain, celle qui résonne dans ces entretiens et qui le plus souvent est « la voix pour les autres » différente de leurs voix au quotidien. J’aime aussi ceux qui expliquent la genèse de leur roman.
Hier, Antonin Varenne qui était venu nous expliquer comment il avait écrit « La piste du vieil homme » qui se déroule à Madagascar, nous a raconté qu’il était parti à Madagascar invités, lui, sa femme et d’autres amis, par une tante qui avait besoin d’organiser un séjour touristique à Madagascar pour y retrouver un ancien amoureux. Il en était là dans son récit que je me disais, mais c’est absolument génial comme idée de roman, j’avais déjà le personnage de la tante sous les yeux, je lui donnais un âge, allez cinquante ans ! Et elle prenait forme, une blonde encore séduisante, à son avantage, privilège de ceux qui ont de l’argent, Antonin venait de préciser qu’elle avait du fric, elle avait offert le voyage à ceux qu’elle avait sollicités puisque l’amoureux d’autrefois était organisateur de voyage en buggy sur l’ile et qu’il fallait bien organiser le prétexte d’un voyage pour aller le retrouver. Antonin nous avait lâché son prénom, Patrick ainsi que celui de son comparse Simon. En dix minutes, je les ai trouvés sur le net et je vois à quoi ils ressemblent et je suis assez d’accord avec la tante d’Antonin pour dire que Patrick a dû grossir un peu depuis. Mais depuis quand ? C’était la question que je voulais poser. À quand remontait l’amour de cette tante ? Je me suis retenue sentant que les lectrices sagement assises sur leur chaise face à Antonin Varenne n’attendaient pas ce genre de diversion. J’aurais aussi voulu savoir ce que les deux amoureux s’étaient dit en se retrouvant, mais je n’ai rien demandé, j’étais en train d’écrire ce roman déjà écrit par l’histoire. Il ne manquait plus qu’une dose d’imaginaire à ajouter, celui qui est si agréable à écrire. J’ai passé la rencontre avec la tante d’Antonin — dont je ne savais pas le prénom — et Patrick qui avait un peu grossi.
J’ai dû me rendre à l’évidence, le roman qu’a écrit Antonin Varenne n’est pas l’histoire d’un amour retrouvé des décennies plus tard, ce n’est même pas l’histoire de Patrick puisque le personnage principal s’appelle Simon comme le comparse de Patrick dans la vraie vie et que dans le roman, il recherche son fils.
Lorsque je suis allée faire dédicacer mon exemplaire, Antonin Varenne m’a demandé mon prénom comme on le fait toujours pour une signature et j’ai dit : Véronique. Il a levé la tête en souriant : c’est le prénom de ma deuxième tante préférée, en ajoutant, ma préférée, c’est Sophie. Je lui ai dit : c’est amusant, Sophie, c’est le prénom que je devais porter et finalement je me suis appelée Véronique.
Ce qui était bien, c’est qu’en repartant j’avais le prénom de l’amoureuse de Patrick, elle s’appelle Sophie.
Cette petite histoire vraie n’a rien à voir avec la dissolution de l’Assemblée nationale et pourtant c’est avec ces histoires dans lesquelles je m’évade que je parviens à me bâtir une vie acceptable, une vie qui m’emporte sur un buggy à Madagascar en compagnie de Sophie et Patrick et de leurs amours retrouvées loin de notre président irresponsable.
Loin du no futur.
Il m’arrive aussi de penser à cette pauvre flamme olympique dont tout le monde se moque éperdument… Et ça me fait rire.
Véronique Piaser-Moyen
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Je vous le remets en mémoire.
Ça se passe en 2002. Vous savez c’est l’année ou Jospin a été battu au premier tour de la Présidentielle par Jean Marie Le Pen. Pour la première fois, un représentant du Front National était qualifié pour le second tour. Personne ne s’y attendait. Aucun institut ne l’avait vu venir. L’histoire d’une actualité surprise qui avait eu «?du talent.?» Nous sommes le vendredi 18 avril 2002. Le jour de la semaine finissante est important. Le lendemain samedi, les médias n’ont plus le droit de parler de campagne politique pas plus que le dimanche jour de vote. Ce sont traditionnellement des jours creux. Nous sommes 48 heures avant le premier tour de la Présidentielle. Elle oppose les deux grands favoris, Jacques Chirac, président sortant à son Premier ministre de cohabitation, Lionel Jospin et quatorze autres candidats. Trois jours plus tôt, un retraité septuagénaire est attaqué à son domicile près d’Orléans. Ses deux agresseurs ne seront jamais retrouvés. Ils l’ont roué de coups, ont tenté de le rançonner puis ont incendié sa maison avant de s’enfuir. Le lendemain, le 20 H de TF1 accorde une grande importance à la couverture de ce fait divers. Les images du visage tuméfié et les pleurs de Paul Voise bouleversent la France entière et provoquent une vague d’indignation face à la délinquance. LCI, chaîne d’info naissante, diffusera le reportage dix-neuf fois ce jour-là. France 2 dans cette affaire ne s’est guère montrée plus vertueuse et a également donné une place démesurée à la thématique de l’insécurité. La victime se prénomme Paul, mais il est popularisé sous le surnom de « papy », sensationnalisme oblige. Résultat, Jean Marie Le Pen se retrouve au second tour. C’est en tous cas ce qu’ont affirmé à l’époque, nombre d’hommes politiques de journalistes et d’observateurs. Il faut toujours se méfier du poids de l’émotion.
Dire qu’il reste encore dix jours avant le premier tour.

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